Logiques biographiques de l’aventurier et décentrement éthique

Nous proposons de traiter les jeux de rôle comme autant d’univers fictifs au travers desquels les joueurs sont amenés à un examen bienveillant et empathique de la pluralité des raisons d’agir. De quoi procèdent les décisions des personnages dans l’aventure ?

Nous verrons en quoi l’expérience rolistique est une expérimentation de l’empathie, essence de la sociologie politique en ce qu’elle consiste en « une expérience de pensée où l’on se demande comment telle pratique ou telle procédure apparaîtrait à une personne désintéressée, lointaine ou proche.» [1] Il procède ainsi d’un décentrement éthique. On peut ainsi affirmer que les jeux de rôle sont l’occasion pédagogique de mettre en scène la relativité des valeurs et des morales.

[1] Voir Amartya Sen, RFSP, 2011

Ci-joint le lien vers le fichier audio de ma communication :

http://www.cendrones.fr/colloque2017/jonathanbocquet.mp3 – Communication réalisée lors du colloque Jeu de rôle, engagements et résistances, qui s’est tenu du 16 au 18 juin à  l’Université Paris 13.

Ci-joint le lien vers l’ensemble des communications du colloque :

www.cendrones.fr/colloques-jdr/jeu-de-role-engagements-resistances/

 

Café-histoire : Les électeurs se cachent pour voter – autopsie du citoyen

citoyens oiseaux 003Le vote, comme principe de délégation, consiste en l’abdication du pouvoir par le peuple, au profit d’une élite. En cela, on pourrait dire qu’à l’instar d’un tour de magie, le citoyen disparait quand se referme le rideau de l’isoloir. Quel est le secret du magicien, qui procède en la transmutation de millions de bulletins, et autant d’expressions d’opinions individuelles, en une masse dont le sens, à la fois plus simpliste et plus sophistiqué, surpasse la simple agrégation de toutes ces voix singulières.

Dans une réflexion globale sur la démocratie représentative, nous aborderons la sociologie du comportement électoral, les notions de compétence politique et du principe d’égalité à la base du contrat démocratique, les différentes alternatives (démocratie liquide, méthode de Condorcet, tirage au sort,).

9 mars – 18h Bibilothèque Municipale Lyon Part-Dieu – sur inscription

Habemus Forum

Une épaisse fumée blanche s’échappe place Guichard. Elle ne sort pas d’une cheminée… Qu’annonce-t-elle ? La naissance d’un forum.

J’ai testé, les marches, le kebab, l’atelier film, l’atelier presse, les toilettes seches, quelques commissions et surtout l’amphithéâtre. Je n’ai pas testé la prise de micro, le coca à 2€ d’un vendeur ambulant et l’atelier féministe non mixte. Cela fait 5 fois que je me rends place Guichard. J’ai démarré une observation plus méthodique lors de ma troisième venue. J’ai dû y passé une vingtaine d’heures. Trop peu pour définir le mouvement et tirer de mes observations autre chose que des hypothèses et des questionnements. J’envie d’ailleurs les analystes qui déjà parviennent à dire ce que c’est que NuitDebout. J’y suis par sympathie et par curiosité ; parce que je vois des gens parler politique, débattre et s’agiter ; parce que je devine des échanges passionnés et des discussions musclées ; pour y voir la chose publique et y trouver une part du peuple souverain.

J’en ai trouvé effectivement une partie. Débattante, militante, conviviale. Lire la suite

L’espace public introuvable

L’espace public pour saisir la délibération ?

Lorsque la science politique s’intéresse à la notion d’espace public elle fait rapidement référence au travail d’Habermas. Son espace public est un idéal désincarné qui ne fait pas référence à des lieux mais à l’émergence au XVIIIe siècle d’une bourgeoisie débattante faisant usage de la raison et de la délibération. Dans son ouvrage, Habermas décrit « le processus au cours duquel le public constitué d’individus faisant usage de leur raison s’approprie la sphère publique contrôlée par l’autorité et la transforme en une sphère où la critique s’exerce contre le pouvoir de l’État.  Dès lors, il convient de s’interroger sur la possibilité de voir émerger un espace public à l’initiative de l’Etat. L’espace public habermassien est rappelons le spontané, à l’initiative des citoyens. Il est surtout diffus, loin de la matérialité qu’on tente désormais de lui prêter. Si Habermas traite des salons bourgeois, ce n’est pas en tant qu’ils sont des espaces publics, mais en ce qu’ils participent collectivement de l’émergence d’un espace public, c’est à dire d’un dialogue public de la raison. Il semble que nous assistons à la recherche d’un nouveau compromis autour de l’espace public provoqué par une crise de la représentation. Lire la suite

Le pirate: Aliud est hostis, aliud rebellis

Le numéro 26 de la revue de sciences humaines Tracés intitulé « Pirater » est sorti. J’ai eu plaisir à y contribuer et remercie les coordonnateurs du dossier, Samuel Hayat et Camille Paloque-Berges qui ont réuni historiens, sociologues, philosophes et politistes autour des phénomènes dit « pirates ». L’édito, « Transgressions pirates », est en accès libre.

Outre ma modeste contribution « La culture pirate à l’épreuve de la forme partisane », on trouvera des analyses riches tant sur les pratiques proprement pirates « hackers, crackers, éco-pirates, etc, que sur les usages de la terminologie pirate. On interroge le rapport des pirates à l’Etat et plus largement aux normes. Les différents article mettent aussi en évidence l’ambivalence d’un technicisme et de l’attachement à la liberté qui se traduit par le concept d’autonomie. Cette autonomie et cette transgression des normes est ce qui fait le lien entre le flibustier des caraïbes et le pirate informatique moderne. Lire la suite

Repolitiser le phénomène urbain

La réforme des intercommunalités et l’apparition des métropoles marqueront à n’en pas douter le scrutin des municipales 2014. Le processus de décentralisation et de réorganisation des échelons politico administratifs fait écho à la volonté  de réaffirmer le poids des collectivités locales. A cet égard, la métropole lyonnaise rassemble un vaste territoire urbain et récupère les compétences du conseil général. La recentralisation des compétences à l’échelle métropolitaine remet en cause la place centrale des communes dans le maillage institutionnel français. Substrat démocratique depuis leur création, quelle marge de manœuvre leur restera-t-il alors que l’hégémonie de la ville centre risque de nier l’hétérogénéité des communes? Lire la suite

Sociologue à temps plein ?

Norman Rockwell, Triple autoportrait, huile sur toile

Bourdieu affirmait que l’on était sociologue qu’à temps plein. Voulait-il prévenir les futurs sociologues qu’ils passeraient leurs lendemain de réveillon à corriger la bibliographie d’un article ou à retranscrire un entretien le jour de noël ? Considérant les fêtes qui s’achèvent, je ne peux m’empêcher de l’interpréter ainsi. Mais dans le cadre de mon travail de thèse et de retour sur mon terrain, la sentence bourdieusienne me parait porteuse d’une interrogation sur l’impossible clôture de l’activité sociologique.

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Snowden, Manning, Assange – Hacktivisme

En 2006,  Julian Assange (et quelques autres) lancent Wikileaks, une liste de diffusion privée visant à dévoiler des documents top secrets, qui devient par la suite un site Internet. En 2010.  le site diffuse la vidéo d’une bavure : un hélicoptère américain tire sur des civils en Irak. Cette vidéo intitulée « Collateral murder » a été envoyée par Bradley Manning. Dans la foulée, Wikileaks diffuse publiquement des milliers de documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan et en Irak ainsi que des télégrammes diplomatiques ce que les médias ont appelé “Cablegate”(1). Plus récemment Snowden a révélé comment les Etats Unis espionnaient le monde entier, du simple citoyen aux institutions financières et politiques internationales.

Évidemment, derrière cela se pose la question de l’équilibre entre liberté et sécurité qui intéressera la philosophie politique. Mais ces trois hommes incarnent aussi un nouveau type de militantisme sur lequel la sociologie politique doit se pencher Lire la suite