Résumé de thèse

Enjeux et stratégies des partis politiques face aux transformations de la démocratie représentative

Les partis politiques doivent faire face à une remise en cause plurielle de leurs fonctions traditionnelles : Une exigence croissante de la part des citoyens méfiants à l’égard de leur fonctionnement, l’apparition d’espaces de participation concurrents qui s’insèrent dans les processus de décision publique, la multiplication d’instances de gouvernance hybrides, la judiciarisation et l’agencification croissantes du pouvoir législatif. Les chaines de délégations  de plus en plus longues et leur perte d’influence dans la chaine de pouvoir classique concourent au délitement du lien partisan et du principe représentatif.

Face  ce constat, les partis tentent de renouveler leurs pratiques et procédures de démocratie interne qui a largement intéressé la science politique ces dernières années (Bachelot, Haegel, Lefebvre, Olivier, Petitfils, Roger, etc.). Certains interrogent dans quelle mesure cela peut révéler les limites de la démocratie représentative[1] tandis que d’autres déjà se penchent sur l’émergence d’une démocratie participative (Blondiaux, Sintomer, Bacqué, Libois, etc.) . Le système partisan lui-même est questionné par les travaux autours de la thèse du parti-cartel[2]. Notre thèse est au croisement de ces dynamiques de recherche puisque nous nous intéressons à la place des partis dans cette mutation de la nature de nos démocraties.

Nous nous inscrivons dans le paradigme élitiste (Pareto,Michels, Mosca) et pensons tout particulièrement aux travaux de Robert Michels à propos du processus de captation et de monopolisation du pouvoir par un nombre réduit de dirigeants ( « Loi d’airain de l’oligarchie »).[3]  Nous analysons les partis en tant qu’entreprises culturelles dans la lignée des travaux de Sawicki. Ainsi nous considérons dans la tradition webéro-schumpeterienne que les partis visent la conquête des postes de pouvoirs dans un marché électoral sans sous-estimer la place de la culture partisane dans l’offre politique. Ainsi nous tenterons de comprendre, comment les partis politiques en concurrence les uns avec les autres dans un univers dont – par leurs élus – ils fixent les règles, participent ou résistent à ces transformations de la participation.

Notre thèse s’inscrit au carrefour de trois perspectives de recherche de science politique : la sociologie des partis politiques et des systèmes partisans, la sociologie du militantisme, et enfin la théorie politique. Une large partie de notre enquête est consacrée à une monographie du système partisan lyonnais.  Nous croisons méthode qualitative, méthode quantitative et méthode ethnographique afin de doubler une monographie du système partisan lyonnais – et plus spécifiquement de 4 formations partisanes : PS UMP EELV PP – d’un regard sur les dynamiques globales de transformation du système partisan et du principe représentatif. L’enquête porte sur l’époque contemporaine et est circonscrite symboliquement entre 2002 et 2014 même si des détours historiques sont nécessaires pour comprendre des dynamiques longues et saisir le poids des cultures organisationnelles et politiques et les conditions d’émergence de nouvelles pratiques partisanes.

Notre enquête consiste en l’étude des stratégies d’adaptation des partis politiques face à l’émergence d’instances participatives offrant de nouvelles formes d’engagement aux citoyens. Nous questionnons la manière dont la division du travail politique , les processus de sélection des dirigeants et des candidats et plus globalement l’économie des partis politiques sont affectés par ces nouvelles logiques. L’objet de cette thèse n’est pas de définir ce qui constitue une réelle ou une illusoire démocratisation interne, ni de préjuger de l’avenir de la forme partisane mais de comprendre comment la participation et le lien démocratique est pensé au fil du temps ?

Système d’hypothèses :

  • La démocratisation interne et les discours pour une plus grande exigence démocratique au sein des partis politiques participent d’une relégitimation des partis politiques et du champ partisan
  • Le rapport à la démocratie et les processus de démocratie interne dépendent de cultures militantes, de traditions et de conceptions idéologiques mais aussi de logiques de positions dans le champ politique des acteurs (individuels et collectifs)
  • Le processus d’évolution de la démocratie serait tout à fait limité et ne remettrait pas en cause la forme partisane mais plutôt la figure du militant.
  • Les évolutions technologiques offrent de nouvelles opportunités d’organisation appréhendées de manière différente en fonction des opportunités et des cultures politiques
  • L’exigence participative serait liée à la perte du caractère sacré du politique tendant à remettre en cause les schémas traditionnels de légitimité. La fin du statut de profane, l’arrivée du « quotidien », du « banal » supplante une politique lointaine, savante et mystique.
  • L’exigence démocratique nouvelle renvoie à l’affirmation dans nos sociétés d’un individualisme de la consécration du « soi » face au « nous » (Ehrenberg), et correspond à des revendications post-matérialistes (Inglehart)

 


[1]    Retenons en particulier parmi les productions récentes Bernard Manin, Les principes du gouvernement représentatif, Calmann-Levy,1995 et plus récemment Nadia Urbinati, Representative Democracy, Principles and Genealogy, University of Chicago Press, 2006 se questionnent sur le caractère démocratique de la démocratie représentative.

[2]     Richard Katz, Peter Mair, « Changing Models of Party Organisation and Party Democracy: the Emergence of the Cartel Party », Party Politics, 1995, Vol. 1, 1.

[3]     Robert Michels, Les Partis politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Paris, Flammarion, 1914,341p.

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