Enjeux de prolongements de la thèse

Les caractéristiques organisationnelles des formations partisanes autant que les cultures politiques dont elles se réclament et qui les façonnent permettent de comprendre en partie la façon dont elles appréhendent et s’approprient l’impératif participatif. Au-delà des variables nous mettons en évidence l’existence d’une logique systémique[1]. Les espaces délibératifs apparaissent comme des espaces adventices au champ politique traditionnel. Le champ politique n’est pas bouleversé. Sur notre terrain, nous observons toujours une très forte propension oligarchique, un faible renouvellement des dirigeants et des élus. Nous trouvons toujours une surreprésentation de la fonction publique et des professions indépendantes parmi les élus. Les délibérations des assemblées exécutives sont toujours préparées par une poignée d’acteurs. Nos résultats démontrent le maintien des logiques internes au champ politique via la reconfiguration produite par l’impératif participatif. Lire la suite

Promouvoir la participation, entre citoyennisme et émancipation

Il existe dans la nébuleuse participationniste, c’est à dire dans l’ensemble des mouvements, collectifs et personnalités qui font la promotion d’une participation des citoyens qui soient à la fois plus large et plus décisive, une diversité de présupposés et d’attendus sur les vertus de la participation. Pour résumer les divergences issues de ces multiples rapports à la participation et à la délibération, l’on pourrait résumer l’ambiguité participative en distinguant deux approches contradictoires. Lire la suite

Démocratie locale, un vieux débat

IMG_20191028_0003Les élections municipales 2020 sont l’occasion de voir fleurir les programmes « participatifs » portés tant par des listes dites « citoyennes » que par des listes partisanes. L’actualité des mouvements sociaux renforce le désir d’une gestion municipale partagée avec les habitants. Le délitement des partis politiques et l’extrême défiance à l’égard des élus obligent les candidats à faire preuve d’imagination pour convaincre qu’une nouvelle gouvernance est possible. Ni le thème, ni les modalités proposées pour associer les habitants ne sont pourtant nouveaux. L’ambition d’une démocratie locale associant le plus largement possible les habitants est une vieille antienne réactualisée régulièrement au cours de l’histoire, notamment à gauche. Lire la suite

L’espace public introuvable

L’espace public pour saisir la délibération ?

Lorsque la science politique s’intéresse à la notion d’espace public elle fait rapidement référence au travail d’Habermas. Son espace public est un idéal désincarné qui ne fait pas référence à des lieux mais à l’émergence au XVIIIe siècle d’une bourgeoisie débattante faisant usage de la raison et de la délibération. Dans son ouvrage, Habermas décrit « le processus au cours duquel le public constitué d’individus faisant usage de leur raison s’approprie la sphère publique contrôlée par l’autorité et la transforme en une sphère où la critique s’exerce contre le pouvoir de l’État.  Dès lors, il convient de s’interroger sur la possibilité de voir émerger un espace public à l’initiative de l’Etat. L’espace public habermassien est rappelons le spontané, à l’initiative des citoyens. Il est surtout diffus, loin de la matérialité qu’on tente désormais de lui prêter. Si Habermas traite des salons bourgeois, ce n’est pas en tant qu’ils sont des espaces publics, mais en ce qu’ils participent collectivement de l’émergence d’un espace public, c’est à dire d’un dialogue public de la raison. Il semble que nous assistons à la recherche d’un nouveau compromis autour de l’espace public provoqué par une crise de la représentation. Lire la suite

Sociologue à temps plein ?

Norman Rockwell, Triple autoportrait, huile sur toile

Bourdieu affirmait que l’on était sociologue qu’à temps plein. Voulait-il prévenir les futurs sociologues qu’ils passeraient leurs lendemain de réveillon à corriger la bibliographie d’un article ou à retranscrire un entretien le jour de noël ? Considérant les fêtes qui s’achèvent, je ne peux m’empêcher de l’interpréter ainsi. Mais dans le cadre de mon travail de thèse et de retour sur mon terrain, la sentence bourdieusienne me parait porteuse d’une interrogation sur l’impossible clôture de l’activité sociologique.

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UMP « la famille rassemblée » ?

primairelyon Dans le cadre de ma thèse, je suis amené à vivre au plus près des partis politiques. L’observation participante est de mise lorsqu’on veut comprendre les mécanismes internes d’un parti, les cultures militantes et mieux appréhender l’ensemble des logiques qui sous-tendent l’organisation d’un mouvement politique. Et le hasard du calendrier propose parfois des semaines agitées. Ainsi, j’étais hier à l’assemblée régionale d’EELV et je serai demain au scrutin départemental de l’UDI qui élit ses dirigeants.  Tous ces événements relèvent d’un même principe : la démocratie interne, objet central de mon étude de doctorat. C’est pourquoi ce soir j’étais à la fédération départementale de l’UMP pour assister à la soirée de résultat de la primaire lyonnaise. Une soirée de clôture où « il n’y aurait pas de vaincu mais seulement un vainqueur »… Et pourtant.. Lire la suite

Retour sur l’AG 2012 du Parti Pirate

La tentation est grande pour le sociologue de considérer l’évènement qu’il observe comme plus important qu’il ne l’est. A y repérer des discours fondateurs, des débats ou des éléments déclencheurs d’un nouvel élan . Comment éviter ce piège tout en recherchant l’ensemble des indices révélateurs de dynamiques ou des points d’achoppements cristallisant les enjeux internes d’une organisation.
Evidemment pour une formation aussi jeune que le parti pirate, dont les membres ont pour la plupart un profil assez profane dans leur rapport au politique et au militantisme, et qui accorde une telle importance aux questions de démocratie interne, une assemblée générale revêt un caractère vital, pendant lesquels l’ensemble des débats ont l’occasion de rejaillir hors des espaces traditionnels de dialogues, et notamment du forum, pour être tout à fait saillant.

J’ai choisi de revenir sur cet événement car il met en exergue les limites de la mise en pratique de principes et de règles conçus dans la sphère virtuelle. La faible mobilisation des adhérents « hors ligne », la complexité des procédures, l’accumulation de contradictions ont mené à ce qui semble sonner comme un échec pour l’idéal de transparence et de participation du parti pirate. Lire la suite