#correctiondecopie Militer ou réflechir il faut choisir

#correctiondecopie « L’intellectualisation de la politique mène à la fin du militantisme » Militer ou réfléchir il faut donc choisir

Dans la série « correction de copie », je reviens aujourd’hui sur une observation tragique de l’un de mes étudiants dans une copie de science politique : « L’intellectualisation de la politique mène à la fin du militantisme ». La formule n’est pas heureuse, mais tentons de comprendre ce que son auteur voulait (peut-être) exprimer.

Elle suppose un processus par lequel la vie politique devient plus intellectuelle. Difficile de saisir exactement ce qu’il peut entendre par là. Est-ce qu’il s’agit d’une complexification des débats politiques ? Ou un processus qui laisserait de plus en plus de place aux intellectuels dans le débat public ? Ou est-ce l’idée que les acteurs de la vie politique soient de plus en plus « intelligents » (avec toutes les limites que ce qualificatif engendre). Admettons que l’étudiant parle d’une complexification du débat public. Il supposerait que cette complexification du débat public mettrait un terme à une époque où la place du militant était prépondérante, supposé que celui-ci ne soit pas apte justement à prendre part à une délibération raisonnée dans l’espace public.

C’est l’image d’un militant aux ordres qui exécute les basses tâches de son parti ou de son mouvement. Les militants eux mêmes ont tendance à défendre et alimenter cette vision d’un militantisme forcément manoeuvrier dispensé des tâches de réflexion et se concentrant sur les actions de tractage, de collage et de porte-à-porte. Cela passe par la valorisation d’un militantisme sacrificiel dont le dévouement  (la dévotion ?) suppose une sorte d’abandon, à l’inverse de l’exercice réflexif.

En cela, l’affirmation est loin d’être fausse. Les partis politiques ont perdu leur vocation à être des acteurs de l’éducation populaire et de l’émancipation. En effet, l’intellectualisation ne mène pas forcément à la fin du militantisme mais en tout cas le militantisme ne concourt plus à une formation intellectuelle. Les organisations partisanes se contentent désormais de partager des éléments de langage, sorte de prêt-à-porter de l’idéologie à l’ère de la communication triomphante.

En substance, on oppose ici la figure du militant à la figure de l’intellectuel, la lecture à conseiller à l’étudiant en question :

  • René Rémond, Les intellectuels et la politique, RFSP Vol 9, n°4 1959, pp 860-880, disponible ici : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1959_num_9_4_403029
  •  Jacques Ion, La fin des militants ?, Les éditions de l’Aterlier, 1997, 124p

Et pourquoi pas le laisser faire un tour ici : http://www.contretemps.eu/interventions/pierre-bourdieu-intellectuel-politique

Laisser un commentaire