Démocratie locale, un vieux débat

IMG_20191028_0003Les élections municipales 2020 sont l’occasion de voir fleurir les programmes « participatifs » portés tant par des listes dites « citoyennes » que par des listes partisanes. L’actualité des mouvements sociaux renforce le désir d’une gestion municipale partagée avec les habitants. Le délitement des partis politiques et l’extrême défiance à l’égard des élus obligent les candidats à faire preuve d’imagination pour convaincre qu’une nouvelle gouvernance est possible. Ni le thème, ni les modalités proposées pour associer les habitants ne sont pourtant nouveaux. L’ambition d’une démocratie locale associant le plus largement possible les habitants est une vieille antienne réactualisée régulièrement au cours de l’histoire, notamment à gauche.

IMG_20191029_0001On pense évidemment au travail programmatique de la deuxième gauche et notamment du PSU dont les thèses autogestionnaires menèrent à de nombreuses experimentations. On retiendra notamment les Groupes d’Action Municipale (GAM) mis en place à Grenoble par Hubert Dubedout dans les années 60.  H.Dubedout fut d’ailleurs l’auteur du rapport Refaire la ville, remis au premier ministre en 1983.

Il apparait quelque fois que le discours participationniste camoufle une fragilité idéologique . Le ressort participatif est alors une recette miracle pour justifier d’un flou programmatique. Il permet aussi de justifier d’une caution « populaire » à peu de frais et en abandonnant des enjeux matérialistes sur lesquels le manque de moyen des collectivités laisse peu de marge de progrès.

Ce retour du municipalisme qui a connu déjà plusieurs vies n’est pas toujours affirmé sur des bases théoriques solides ni sur une vision claire de sa concrétisation dans une ingénierie de collectivités. Pourtant, la participation ne s’improvise pas. On ne décrète pas la participation des habitants, a fortiori lorsque l’on veut toucher les publics les plus éloignés de la sphère publique. Le travail de sollicitation des habitants, notamment les plus rétifs, d’animation et de facilitation du débat, de recueil de la parole et de restitution sont autant de tâches nécessitant des personnes formées.

A cet égard, les partis de gauche ont tendance à s’appuyer en la matière sur leur milieu partisan. Elles s’inspirent des associations d’éducation populaire qui ont su garder pour la plupart un savoir-faire hérité de leur âge d’or. On exhume des techniques que certains avaient voulu reléguer aux camps de vacance. Avec succès, les outils d’apprentissage en autonomie et de réflexion critique sont de nouveau mobilisés sur de plus larges publics. On réaffirme les vertus de l’expression de chacun et de la confrontation d’idées dans la recherche de l’intérêt général et du bien commun.

La mise en avant des personnes dites « issues de la société civile » permet de démontrer l’élan d’ouverture des partis et des têtes de liste. Là encore, la démarche n’est pas nouvelle et s’accentue d’ailleurs au moins autant du fait du volontarisme des élus que de la perte de vocation des militants. Les scrutins de liste mettent en scène d’ordinaire un spectacle récurrent : l’inscription sur les listes de personnes non encartées de plus en plus nombreuses mais qui après les fusions d’entre deux tours et les élections aux fonctions déléguées de l’assemblée locale auront disparu des radars. 2020 pourrait pourtant voir cette tendance s’infléchir. Le retour d’une vocation municipaliste se précise à mesure que la gouvernance nationale et supranationale est contestée.

La présidentialisation de la Vème république, renforcée par la mise en place du quinquennat (et surtout de l’organisation des législatives la même année que les présidentielles – puisqu’il aurait été possible d’organiser un quinquennat avec des élections législatives à mi-mandat) a contraint les partis à se focaliser sur les élections nationales. Aujourd’hui, ils retrouvent peu à peu les scrutins locaux et surtout l’opportunité de voir dans le contrôle des municipalités, non seulemet un marche-pied pour les législatives et les présidentielles mais bel et bien comme autant de laboratoires politiques pour expérimenter de nouvelles initiatives et des politiques publiques alternatives.

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire