L’impératif participatif et la difficile conversion des collectivités à la participation: l’introuvable ingénierie participative

(attention article en cours de relecture)

Notre thèse revient sur la réception par les acteurs de la représentation (élus, partis) de l’impératif participatif. L’impératif participatif renverrait à un phénomène d’imposition de nouvelles normes aux acteurs politiques. Ces normes s’appuient sur une critique résolue des insuffisances de la représentation. L’impératif participatif constitue une rhétorique qui s’oppose à la prééminence des entrepreneurs de représentation et donc des partis politiques et des élus. Il s’inscrit dans cet horizon de modernité que porte le langage politique et qui promet l’extension inéluctable de la démocratie à travers le monde et par son intensification au niveau local. Participation et délibération résulteraient du paroxysme démocratique. Dès lors, elles sont employées comme des éléments rhétoriques et des labels d’une « bonne démocratie », sans se soucier de la question de l’étiquetage et de ceux qui définissent « participatif », « délibératif », « citoyen ».  Il y a une indétermination de ce qu’on désigne par le vocable « participation » autant que par celui de « délibération ». Les deux tendent à être confondus, et d’ailleurs s’imposent de ce fait plus rapidement encore. Pour autant, si la participation est mise à toutes les sauces dans les discours, la réalité montre la rareté et la vanité des dispositifs. Un paradoxe qui s’explique notamment par la difficile conversion des collectivités à la participation: une démarche qui n’existe pas dans leurs logiciels.

Cet impératif participatif s’impose dans la sphère politique : à la fois par la dimension des mouvements sociaux, par la dimension professionnelle et technique et enfin par la dimension culturelle. L’idéal participatif et délibératif a aujourd’hui conquis la plupart des milieux militants autant qu’institutionnels. Ces idéaux sont d’autant plus vigoureux que la démocratie représentative semble fragilisée. Les acteurs politiques traditionnels constatent la défiance des citoyens à leur égard et voient dans la participation la possibilité d’un nouveau souffle.

Une diffusion à travers les mobilisations collectives

Divers mouvements sociaux et initiatives citoyennes traduisent et suscitent une demande sociale de participation. Une dynamique internationale d’initiatives citoyennes et militantes a forgé une nébuleuse participationniste. Des mouvements apartidaires, leaderless apparaissent. Ils refusent explicitement le concept de porte-parolat et par extension de représentation. Avant tout dans les mouvements participationnistes, la production de connaissance sur l’enjeu démocratique et l’expérimentation elle-même sont des enjeux en soi. Certains rejettent même l’idée de mot d’ordre pour se concentrer sur la méthode experimentale de débat et d’assemblée. Ce faisant, ils interpellent directement les gouvernements et les partis politiques. Localement, des mouvements citoyens analogues se mettent en place, dont certains vont jusqu’à concurrencer les partis politiques aux élections. A l’échelle lyonnaise, ces initiatives n’ont pas eu un franc succès mais elles ont contribué à l’expression d’une demande sociale de participation. Elles ont interrogé les partis politiques en place et irrigué les débats internes à ces formations. D’autant que des militants appartenaient aux milieux partisans du Parti socialiste ou d’Europe Ecologie Les Verts, ou de certains de leurs concurrents (Parti de Gauche puis France Insoumise, Modem, etc.).

L’adaptation du champ politique

Les acteurs ne sont pas soumis de manière passive à cet impératif. Ils y résistent, s’y adaptent voire se l’approprient. Ce faisant, ils reformulent les enjeux autour de la participation. On voit alors apparaitre des conceptions contradictoires de la participation et des définitions qui tendent à en diminuer la portée subversive.

Sans doute peut-on reconnaître dans le succès de l’impératif participatif la « puissance opératoire des idéologies molles » à savoir que « plus certains thèmes idéologiques sont ambigus, plus ils permettent de construire un consensus sur leurs bases […] permettant plus aisément le compromis justement à cause des interprétations multiples et fluctuantes dont elles peuvent faire l’objet.[1] » Chaque groupe social peut dès lors se l’approprier selon son interprétation. Ainsi que l’observe Lefebvre, « le flou définitoire, loin d’être un obstacle, constitue une condition de réussite de la démocratie participative » en ce que « son succès social actuel tient dans une large mesure à l’indétermination de sa nature et de ses objectifs ainsi qu’à l’hétérogénéité et à la plasticité des univers de sens qu’elle mobilise.[2] »

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