Primaire : Encadrement militant et mobilisation // Extrait non publié de thèse

Nous reviendrons ici brièvement sur les résultats des primaires présidentielles afin d’étudier les logiques de mobilisation électorale sur cette élection particulière.

Trois résultats commentés (PS 2011, EELV 2016, UMP 2016)

Le scrutin écologiste

Il convient tout d’abord de s’arrêter sur le scrutin des écologistes. Les ratios du nombre d’inscrits[1] (donc n’étant pas membres d’EELV) par rapport au nombre de votants témoigne de certaines dynamiques locales spécifiques. Il oscille, selon les départements, entre 15 et 75%. Une telle latitude révèle une forte mobilisation électorale en dehors du parti dans certains territoires. Il suffit d’observer les zones où ce ratio est le plus élevé pour émettre certaines hypothèses quant aux logiques de mobilisation : dans la Drôme, où Michèle Rivasi a été députée et maire de Valence, ainsi que sur les territoires adjacents, Ardèche et Isère ce ratio atteint respectivement 72.5, 76.7 et 67.3%. La Savoie (74.2) dans la région Rhône Alpes, et plus largement la circonscription Sud Est où elle a été députée européenne (Vaucluse-Var 74.9, Alpes-Maritimes 70.7) Sur l’ensemble de la circonscription européenne Sud Est, le ratio de votants hors EELV sur le nombre total de votants total supérieur à 60%. Ce ratio montre le ressort extra-partisan de la mobilisation. On ne peut pas aller plus loin qu’une simple hypothèse d’un lien entre cette mobilisation et l’ancrage local de l’un des candidats.

Karima Delli, également députée européenne Nord-Ouest, ne parvient pas à faire voter sur sa circonscription. En réalité, les ratios des votants hors EELV sont assez importants également (autour de 65% en moyenne dans sa circonscription) mais le nombre de votants est beaucoup plus faible dans des territoires où Europe Écologie ne compte que très peu d’électeurs. La fédération parisienne, la plus grande et de très loin renforcée par les fédérations d’Île-de-France, mobilise 70% de militants en dehors du Parti. Yannick Jadot, député européen de la circonscription Ouest (Bretagne, Poitou-Charentes et Pays de la Loire), avec la  Bretagne, mobilise près de 65% d’électeurs non encartés.

On pourrait s’étonner ainsi que le ratio de votants non adhérents soit d’autant plus grand que le nombre d’adhérents est important. Ceci peut sembler paradoxal mais démontre en réalité la force multiplicatrice des adhérents. Plus il y a d’adhérents dans un département, plus il y a de votants non adhérents. Ainsi, loin de phagocyter l’élection, les adhérents tendent à faciliter la mobilisation à l’extérieur du parti.

Du côté de l’UMP dans le Rhône, dans les dix circonscriptions qui ont le plus voté, la participation oscille entre 25% et 36% ; celles où la participation a été la plus basse entre 2% et 3.5% dans les terres désindustrialisées (ex Nord Pas de Calais). La participation est haute dans les grands centres urbains, qu’ils soient ou non dirigés par la droite (entre 10 et 20%).[2]

L’écart du résultat moyen de François Fillon dans les villes tenues par un maire de gauche et les villes tenues par un maire de droite est de 13 points. Dans les villes aisées[3], la mobilisation de l’électorat de droite est supérieure de 30 points à la moyenne nationale. Plus il y a de votants, plus le résultat est favorable à François Fillon. On peut donc considérer que ce n’est pas le « premier cercle » qui lui est favorable. Deux hypothèses peuvent être faites, l’une mettant l’accent sur le rôle des entrepreneurs de mobilisation (leaders locaux), l’autre sur la mobilisation des électeurs plus distants. Bien que cela ne soit pas notre sujet, cela amène un nécessaire questionnement : la mobilisation est-elle structurelle (correspondant au profil sociologique de la population) ou conjoncturelle (rôle du leader local et des entreprises militantes) ? De toute évidence, les partis sont plus forts là où ils ont des élus. Et leurs leaders nationaux profitent de cette force militante locale.

Les découpages des bureaux de vote de la primaire ne correspondent pas à ceux des élections classiques. Les comparaisons par bureaux de vote sont donc impossibles. En revanche, il nous est possible de procéder à l’analyse par villes. Les analogies sont moins fines puisque cela revient à travailler sur des échelles plus grandes – en quelque sorte, des bureaux de vote élargis que l’on peut étudier en prenant en compte le profil sociologique de la population globale, là où, en temps normal, on s’attacherait au profil sociologique d’un quartier plus restreint. Cependant, le fait d’avoir de nombreuses villes à comparer avec un nombre de votants conséquent (entre 1 000 et 6 000 selon les villes ou arrondissements) permet d’assurer une certaine objectivation des résultats (au moins pour les scores des principaux candidats et les taux de mobilisation).

L’analyse des résultats du premier tour révèle le peu d’influence des leaders locaux. Les scores des uns et des autres ne semblent pas liés à la position des maires ou des députés de chaque commune. On peut éventuellement relever que le score de Copé est cinq fois supérieur à la moyenne nationale sur la commune de Rillieux où le maire Alexandre Vincendet s’était positionné en sa faveur. Pour autant, les chiffres du candidat sont tellement bas que l’effet statistique bien que conséquent est difficile à considérer comme solide. D’ailleurs, à l’inverse, à Caluire, dans la ville du sénateur et maire François Noël Buffet, rare mais actif soutien de Fillon, le score de ce dernier est comparable à la moyenne nationale.

Sans nous écarter trop loin de notre sujet, nous souhaitons ici relever une étrangeté statistique que nous avons noté dans le cadre de notre étude, qui pourrait selon nous donner à voir l’un des mécanismes électoraux de la primaire. De prime abord, les scores de François Fillon et Nicolas Sarkozy apparaissent liés. Au premier tour, là où l’un fait ses meilleurs scores, l’autre obtient ses pires résultats et réciproquement. Cet état de fait est systématique. La déduction que l’on pourrait en tirer de manière spontanée, à savoir qu’ils se disputent un même électorat, est sans aucun doute à l’antithèse de ce que l’analyse plus élaborée permet d’observer. Il serait peu probable que, d’une ville à l’autre, un même électorat se positionne massivement pour l’un ou l’autre. D’autant plus que l’effet leader semble quasi absent[4].

Au-delà des caractéristiques sociologiques des villes, évoquées plus haut, nous observons que les villes où Nicolas Sarkozy obtient ses meilleurs scores sont celles où la mobilisation est la plus faible. À l’inverse, les villes où François Fillon obtient ses meilleurs résultats sont celles où la mobilisation est la plus forte. Une hypothèse s’impose : le président du parti Les Républicains obtiendrait, semble-t-il, une large part du vote de l’électorat le plus fidèle du parti, à savoir, les militants. En effet, dans les villes avec une faible mobilisation, on peut estimer sans être coupable d’extrapolation exagérée, que les militants et les adhérents ont été les premiers à se déplacer aux urnes et comptent ainsi pour une large part des voix. Cela conforterait l’intuition, largement partagée, qui voudrait que l’appareil des Républicains soit acquis à Sarkozy au niveau de la base aussi bien que des dirigeants. Ces derniers avaient très massivement soutenu le président en place. Dans une moindre mesure, la base militante semble l’avoir suivi.

À l’inverse donc, lorsque l’électorat s’élargit, il se défie de Nicolas Sarkozy et se porte massivement vers François Fillon. Selon quelle logique, toutefois, l’électorat de la primaire s’élargit il ou s’en tient-il au premier cercle ? Est-ce le fait d’entrepreneurs de mobilisations, tels que les leaders locaux, députés ou maires, qui font campagne pour leurs candidats et indirectement pour la primaire ? Ou faut-il se tourner davantage vers des logiques structurelles ? Il faudrait, pour répondre, comparer les profils des populations respectives mais puisque nous ne disposons pas des matériaux nécessaires à une analyse du profil de l’électorat, il s’agira de travailler par projection.

La mobilisation de la population à la primaire de la droite et du centre en novembre 2017 a été la plus importante dans les villes où le revenu médian est le plus haut (Sainte-Foy-Les-Lyon : 16.6% de la population ; Lyon, 6ème arrondissment : 18.2% de la population). On fait face ici à un constat conforme aux enseignements de la sociologie électorale autant qu’à notre intuition première.

Les résultats sont plus hétérogènes quant à la mobilisation d’un « électorat favorable ». Nous entendons, par « électorat favorable », un électorat qui, lors des précédentes élections a voté au premier tour pour un candidat de droite. On peut estimer, en effet, que ces électeurs sont des électeurs, sinon acquis à la droite, plutôt favorables à un candidat de droite et susceptibles de voter pour le candidat issu de la primaire lors des présidentielles. Pour mesurer cet électorat favorable, nous avons sélectionné les deux dernières élections : les municipales de 2014 et les régionales de 2015. Il faut prendre en compte que ce sont deux scrutins de liste mais avec deux logiques différentes, l’une très locale et l’autre davantage partisane. Toutes deux laissent une forte place à la tête de liste ce qui en font des scrutins de liste avec une forte personnalisation.

Cette mobilisation de l’électorat de droite permet de nuancer la première assertion sur la mobilisation électorale en fonction du profil de la population. Si le sixième arrondissement de Lyon et Sainte-Foy-Lès-Lyon ont mobilisé une part équivalente de l’électorat global, « l’électorat favorable à la droite », lui, n’est pas également mobilisé. Ainsi, là où la primaire ne rassemble que l’équivalent de 53% des voix de ce que la droite réunit à la municipale 2014, le sixième arrondissement de Lyon obtient l’équivalent de 98% des voix obtenues lors des municipales[5]. Le cas de Sainte-Foy-Lès-Lyon montre sans doute une sur-mobilisation aux municipales (ou une sous-mobilisation aux régionales, ce qui semble, intuitivement, moins probable[6]) mais ne permet pas de tirer de conclusions sur la primaire. On peut faire l’hypothèse que la maire de la ville a réuni plus d’électeurs pour son nom que le seul électorat de droite.

Par ailleurs, les villes où la mobilisation de l’électorat de droite est la plus faible sont les villes de la périphérie lyonnaise : Vénissieux, Vaulx-En-Velin, Saint-Priest. Si les deux premières sont détenues par la gauche, la troisième est une municipalité détenue par Les Républicains.

À l’échelle nationale, la primaire a réuni 4.3 millions d’électeurs. Les listes électorales comptent 45 millions d’électeurs et la population totale est de 70 millions d’habitants. La primaire réunit donc 9% des électeurs et 4% de la population française. Nous pouvons comparer ces ratios dans chacune des villes et des bureaux de vote. Plus il y a de votants, plus le résultat est favorable à François Fillon. De deux choses l’une : soit les entrepreneurs de mobilisation sont favorables à François Fillon, et l’on peut penser que c’est effectivement le cas puisqu’à l’entre-deux tours la plupart des grands élus et responsables locaux du parti LR se sont rassemblés derrière la candidature de Fillon (cela appuierait l’hypothèse d’un poids fort des entrepreneurs de mobilisation dans le cadre des primaires) ; soit l’électorat le plus éloigné de LR est favorable à François Fillon. Contrairement à l’intuition commune des observateurs de la vie politique française, le noyau dur des électeurs de droite serait favorable à Alain Juppé. C’est par l’élargissement de l’électorat de la primaire que François Fillon aurait réussi à augmenter son score.

Le tableau des résultats de F. Fillon à la primaire UMP en fonction de la couleur politique de chaque ville est révélateur. Comment expliquer que dans une primaire départageant des candidats d’une même formation politique, et mobilisant donc théoriquement un même électorat, l’étiquette du maire puisse avoir une influence sur les résultats locaux ? Selon le tableau, en moyenne treize points d’écarts pour le candidat F.Fillon. Il apparaît clairement que les scores les plus faibles de Fillon sont là où le premier édile n’est pas de droite. Le meilleur score dans une ville qui n’est pas de droite se situe à Bron avec 66% (soit 4 points en dessous de la moyenne de la métropole)

Tableau 7 – Résultats électoraux de F. Fillon à la Primaire UMP 2016[7]
Villes de droite Caluire Meyzieu Rillieux Saint-Priest Ste-Foy-Les-Lyon Moyenne
Score de Fillon 71,9 70,4 69 70,7 71,6 71%
Villes de gauche Bron Vaulx-En-Velin Vénissieux Villeurbanne
Score de Fillon 66 51,2 57 59 58,30%

 

L’écart du résultat moyen de François Fillon dans les villes tenues par un maire de gauche et les villes tenues par un maire de droite est de 13 points. Un écart statistique très important qui permet de penser qu’il y a un facteur sociologique fort. Reste à comprendre exactement lequel. L’hypothèse de l’encadrement militant et de l’importance de la structuration partisane mérite d’être explorée.

Le traitement médiatique de la primaire s’est porté en partie sur la tentation des électeurs de gauche à aller voter aux primaires, soit pour choisir le candidat le moins à droite, soit pour faire émerger le candidat qu’ils estimaient le plus faible. Les candidats eux-mêmes ont traité ce sujet pendant la campagne et ont débattu sur le périmètre de l’électorat de la primaire. La question tournait autour de la légitimité des électeurs du centre et en particulier du Modem à venir voter. Avec 4.3 millions d’électeurs, il est peu convaincant de considérer qu’une large partie de ces derniers ne soient pas issus des rangs de l’électorat de droite traditionnel. Pour rappel, au premier tour de la présidentielle 2012, N. Sarkozy récoltait 9.8 millions de voix. Le nombre d’électeurs à la primaire est donc inférieur à la moitié de l’électorat de N. Sarkozy, auquel on pourrait ajouter les 3.3 millions de Bayrou, soit un total de 13.1 millions pour la droite et le centre réunis (sauf à considérer que l’électeur de gauche était davantage motivé pour ces primaires que l’électeur du centre ou de droite mais l’hypothèse semble fragile).

En outre, le poids des élus locaux se révèle à travers l’exemple de deux maires auquel nous opposerons un contre-exemple. À Caluire, Philippe Cochet soutient François Fillon. Plus de 65% de l’électorat de droite s’est mobilisé et Fillon obtient un score supérieur à 75%. Dans le 6ème arrondissement, dont le maire est Pascal Blache, 98% de l’électorat de droite est mobilisé et Fillon obtient 74%. À Meyzieu, à l’inverse, où M. Forissier est maire, seuls 35% de l’électorat de droite est mobilisé et Fillon obtient un score de 69% au second tour. À Sainte-Foy-Lès-Lyon, on observe la plus grande mobilisation du corps électoral, à savoir 16% du corps électoral, mais il faut regarder l’électorat de droite. Or, selon que l’on compte seulement la liste « union de la droite », menée par un candidat UMP) (2979 voix) ou si on l’y ajoute les listes « divers droite », on obtient une mobilisation équivalant soit à 120% soit à 65% du total de voix de la droite en 2014. Sur la base de ces observations, on peut conforter l’hypothèse d’une surmobilisation d’un électorat spécifique (mobilisation différentielle) et de son effet sur le résultat électoral.

À l’entre-deux tours, les voix de Nicolas Sarkozy semblent se porter plutôt en faveur de François Fillon. En effet, un score haut de Sarkozy au premier tour peut venir compenser un score bas de Fillon (Givors, Jonage, Décines), alors qu’un score haut de Fillon peut être pénalisé au second tour par un score bas de Sarkozy. Il faut prendre garde, cependant, à ne pas considérer qu’il s’agit nécessairement d’un report. Certains électeurs ont pu voter Sarkozy puis s’abstenir au second tour tandis que certains abstentionnistes du premier tour ont pu voter Fillon. Ce qui est certain, c’est qu’au second tour, le rapport de force entre Juppé et Fillon est proportionnel au rapport de force du premier tour. Les écarts se creusent mais là où Juppé était fort au premier tour, il résiste davantage. Le score des autres candidats a donc peu d’incidence.

On peut établir trois profils de villes : celles où l’électorat s’est mobilisé disposent d’un profil urbain, d’un revenu médian élevé et d’une forte mobilisation, sont favorables à F. Fillon[8] ; celles où l’électorat s’est peu mobilisé offrent un profil rural, un revenu médian élevé, sont favorables à N. Sarkozy ; enfin, une troisième catégorie où l’on trouve l’ensemble des villes péri-urbaines, ainsi que les villes avec un revenu médian moyen ou bas. La mobilisation électorale est moyenne et plutôt favorable à A. Juppé.

À Oullins, où le sénateur et maire François Noël Buffet a activement fait campagne en faveur de Fillon, ce dernier obtient 44.8% au premier tour soit 0.6 points de plus qu’au national. On constate qu’il n’y a donc pas d’effet du leader local à cet endroit. Les petits candidats, en revanche, ont eu davantage de voix qu’ailleurs : les quatre « petits »[9] sont au-dessus de leur moyenne nationale. Au second tour, François Fillon y fait un score similaire au score national (66.3% soit 0.2 points de moins).

Les villes où la participation baisse entre les deux tours sont celles où Nicolas Sarkozy et François Fillon ont fait leurs meilleurs scores (pour Sarkozy : Saint-Priest, Meyzieu. Et pour Fillon : Lyon, 6ème et Caluire). On ne peut que conjecturer sur les raisons de cette démobilisation. En tout cas, le fort score de Sarkozy sur Rillieux profite au second tour à Fillon. En effet, Fillon y obtient un meilleur score que son score national (+3 points) alors qu’au premier tour il obtenait un moins bon score (-3 points).

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, les primaires ne diminuent pas le poids de la mobilisation militante. On voit au contraire que celle-ci est cruciale dans la capacité à engendrer des voix chez les sympathisants et à faire du scrutin un succès populaire. L’importance des relais militants est indéniable tant dans les scrutins locaux que nationaux.

S’il y a des logiques propres aux primaires qui produiraient des effets électoraux spécifiques ou en tout cas réguliers, nous devrions les retrouver les mêmes dans le scrutin organisé par le Parti socialiste.

En comparant le nombre de votants au nombre de voix recueillies par Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle de 2007 – qui constitue, selon Jérome Fourquet[10], « le vivier électoral potentiel » des primaires, à savoir « un électorat socialiste chimiquement assez pur » –, une étude de l’IFOP[11] permet de constater une participation contrastée géographiquement et socialement. Les départements les plus urbanisés sont ceux où l’on vote le plus. À ceux-là se rajoutent, les départements d’élection des candidats (leurs fiefs électoraux) et les départements à fort encadrement du Parti socialiste. L’indicateur d’« encadrement socialiste » a été calculé sur la base du ratio entre le nombre d’adhérents au Parti socialiste[12] et le nombre de voix obtenues par S. Royal au premier tour de l’élection présidentielle dans chaque département. Cela permet de modéliser le maillage territorial du vote socialiste par les militants. Résultat, nous trouvons une moyenne d’un adhérent pour 40 électeurs de Royal au premier tour de l’élection présidentielle avec une grande disparité entre les départements. Ces mêmes écarts se retrouvent pour la participation au primaire. L’indicateur d’« encadrement socialiste » permet de démontrer, dans cette étude, que la capacité du parti à mobiliser son électorat a été déterminante dans ce scrutin.[13] D’autres critères semblent déterminants : C’est un électorat âgé, plus diplômé que la moyenne. Il y a un taux de participation plus haut dans les départements populaires. Il nous intéresse tout particulièrement de remarquer que le ratio du nombre de bureaux de vote en fonction du nombre de voix pour S. Royal a lui aussi eu son importance. Plus ce ratio est important, plus le ratio « votants primaires/voix S. Royal » est lui-même important, démontrant une fois de plus l’importance du maillage.

L’étude révèle un effet intéressant d’« amitié locale » qui consiste, pour les électeurs, à voter pour un candidat « de leur cru ». Les candidats font leurs meilleurs scores dans leurs fiefs et, plus globalement, obtiennent des scores supérieurs à leurs moyennes dans les zones géographiques avoisinantes. M. Aubry dans le Nord, Hollande dans le Sud-Ouest, par exemple, là où J.-M. Baylet réalise aussi ses meilleurs scores en France métropolitaine, « contrairement aux élections classiques où le clivage partisan vient restreindre le friends and neighbor’s effect, cette élection primaire, en ne mobilisant que des électeurs de gauche voire principalement des socialistes, a conduit à la constitution d’un corps électoral idéologiquement assez homogène au sein duquel la dimension de proximité géographique avec tel ou tel candidat a semble-t-il constitué un facteur de choix assez déterminant.[14] »

Nous ne faisons ici qu’ouvrir des questions exploratoires sur l’enjeu de l’encadrement militant et le poids des sections puisque nos échantillons sont minces d’un point de vue statistique pour mener une étude quantitative sur les effets électoraux. La convergence des résultats sur ce matériau mince ne nous autorise que des hypothèses ; à savoir : le maintien de l’importance du poids militant tant sur la participation (mobilisation électorale) que sur l’effet électoral pour les résultats des différents candidats.

 

[1] Carte interactive des électeurs de la primaire écologiste,  http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/10/06/ou-se-trouvent-les-inscrits-a-la-primaire-d-eelv_5009335_823448.html consultée le 20 octobre 2016.

[2] Résultats publiés sur LeMonde.fr https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/11/21/primaire-de-la-droite-les-resultats-candidat-par-candidat_5034979_4355770.html consulté le 25 novembre 2016 corrélé avec tableau soumis par fédération UMP.

[3] Revenu médian annuel supérieur à 35 000€.

[4] Nous y reviendrons plus tard, mais nous pouvons, pour nous en convaincre, observer que dans la ville du sénateur et maire François Noël Buffet, rare mais actif soutien de Fillon, le score de ce dernier est comparable à la moyenne nationale.

[5] Si l’on compare au vote des régionales, la primaire de la droite réunit 101.4% des voix qui s’étaient portées en faveur de Laurent Wauquiez (si l’on compte également les voix obtenues par Éric Lafond (Divers Droite) lors de ces régionales, le résultat reste supérieur à 95%).

[6] Les régionales sont d’ordinaire un scrutin où la participation est plus faible et ce fut effectivement le cas en 2015 à Sainte-Foy-Lès-Lyon)

[7] Nous avons choisi de ne regarder que les villes suffisament peuplées pour que les statistiques puissent avoir du sens et avons exclu Lyon du fait de la logique d’arrondissement qui aurait complexifié la lecture du tableau.

[8] Dans ce paragraphe, par « favorable à », nous entendons avec un résultat sur ce territoire pour le candidat mentionné au-dessus de sa moyenne nationale.

[9] Jean-Michel Baylet, Benoit Hamon, Arnaud Montebourg, Manuel Valls.

[10] Directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop

[11] Jérôme FOURQUET, « Géographie électorale des primaires socialistes », Note 113 – Etude de l’IFOP pour la fondation Jean Jaurès, 22 décembre 2011, consultée le 4 janvier 2012 sur le site jean-jaures.org .

[12] nous ne savons pas si le nombre d’adhérents a été pris en 2007 avant ou après l’élection de Ségolène Royal ou en 2011. On peut estimer que le taux d’encadrement n’était pas le même en 2007 et en 2011. Cependant, il est improbable qu’il ait beaucoup évolué.

[13] Par exemple, on note que, dans l’Aube, pour un adhérent, il y a 82.8 électeurs de Ségolène Royal au premier tour de l’élection présidentielle de 2007. Dans le même temps, toujours dans l’Aude, pour un adhérent, il n’y en a que 17.6. Parallèlement encore, le ratio votants primaires/voix Ségolène Royal est de 19.2% dans l’Aube (faible taux d’encadrement) et de 35.6% (fort taux d’encadrement) dans l’Aude. Le ratio de participation des électeurs de Ségolène Royal à la primaire double lorsque le taux d’encadrement est multiplié par environ 4.5.

[14] FOURQUET Jérôme, Ibid., p.5

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