Primaire socialiste, encadrement militant une piste à creuser ?

Une étude de l’IFOP publiée le 4 janvier pour la Fondation Jean-Jaurès indique que l’électorat de la primaire était plutot agé et davantage diplomé que la moyenne non seulement de la population française, mais aussi en comparaison aux électeurs des élections classiques. Cela n’est pas une surprise.

En comparant le nombre de votants au nombre de voix recueillies par Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle de 2007 qui constitue selon Jérome Fourquet* directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop, « le vivier électoral potentiel » des primaires, à savoir « un électorat socialiste chimiquement assez pur », l’étude permet de constater une participation contrastée géographiquement et sociologiquement.

Les départements les plus urbanisés sont ceux où l’on vote le plus. A ceux-là se rajoutent, les départements d’élection des candidats (leurs fiefs électoraux) et les départements à fort encadrement du Parti socialiste.

L’indicateur d’ « encadrement socialiste » a été calculé sur la base du ratio entre le nombre d’adhérents au Parti socialiste et le nombre de voix obtenues par Ségolène Royal au premier tour de l’élection présidentielle dans chaque département. Cela permet de modéliser le maillage territorial du vote socialiste par les militants.
Résultat une moyenne d’un adhérent pour 40 électeurs de S.R. au premier tour de l’élection présidentielle avec une grande disparité entre les départements. On retrouve les mêmes écarts pour la participation au primaire. L’indicateur d’ « encadrement socialiste » permet de démontrer dans cette étude que la capacité du parti à mobiliser son électorat a été déterminante dans ce scrutin.(page2de l’étude)

Un biais cependant:  nous ne savons pas si le nombre d’adhérents a été pris en 2007 avant ou après l’élection de Ségolène Royal ou en 2011. On peut estimer que le taux d’encadrement n’était pas le même en 2007 et en 2011. Cependant, il est improbable qu’il ait beaucoup évolué.
On note que dans l’Aube, pour un adhérent il y a 82.8 électeurs de Ségolène Royal au premier tour de l’élection présidentielle de 2007. Dans le même temps, dans l’Aude pour un adhérent, il n’y en a seulement 17.6. Parallèlement le ratio votant primaires/voix Ségolène Royal est de 19.2% dans l’Aube(faible taux d’encadrement) et de 35.6% (fort taux d’encadrement). Le ratio de participation des électeurs de ségolène Royal à la primaire double lorsque le taux d’encadrement est multiplié par environ 4.5.   (page3 de l’étude)

Les départements populaires ont moins voté que les autres et ce malgré le taux d’encadrement (qui reste pourtant pertinent lorsque l’on compare les départements populaires entre eux). Ainsi le Pas-de-Calais qui compte un adhérent pour 14.8 électeurs n’a un ratio « votant primaires/voix Ségolène Royal » que de 23.7% mais reste supérieur à celui de l’Aisne (16.8%) qui a un taux d’encadrement inférieur, à savoir  un adhérent pour 59.6 électeurs.(page3 de l’étude)

Le ratio du nombre de bureau de vote en fonction du nombre de voix pour Ségolène Royal a lui aussi eu son importance. Plus ce ratio est important plus le ratio « votants primaires/voix S.Royal » est lui même important. Ce qui démontre une fois de plus l’importance du maillage. (voir page 4 de l’étude)

Les résultats montrent aussi que les banlieues populaires ont moins voté que les autres.

L’IFOP remet en cause aussi l’idée selon laquelle il y aurait une corrélation entre les votes sur le Traité Constitutionnel Européen et le vote aux primaires (Montebourg aurait notamment bénéficié du vote des tenants du Non au référendum). Selon les résultats, il n’y a pas de correlation. D’ailleurs, le candidat qui visait les suffrages des électeurs populaires a plutôt pris des voix dans les départements droitiers et à dominante d’activité tertiaire.

L’étude montre un effet intéressant d’ « amitié locale » qui consiste opur les électeurs à voter pour un candidat « de leur cru ». Les candidats font leurs meilleurs scores dans leurs fiefs et plus globalement font des scores supérieurs à leurs moyennes dans les zones géographiques avoisinantes. Martine Aubry dans le nord, Hollande dans le Sud-Ouest, là où Jean-Michel Baylet réalise aussi ses meilleurs scores en France métropolitaine,
« Cela s’explique par le fait que, contrairement aux élections classiques où le clivage partisan vient restreindre le friends and neighbor’s effect, cette élection primaire, en ne mobilisant que des électeurs de gauche voire principalement des socialistes, a conduit à la constitution d’un corps électoral idéologiquement assez homogène au sein duquel la dimension de proximité géographique avec tel ou tel candidat a semble-t-il constitué un facteur de choix assez déterminant. »

Forte mobilisation en faveur d’Arnaud Montebourg dans les zones rurales. Idem pour François Hollande, inverse pour Martine Aubry. On peut estimer au vu des résultats que la force des appareils partisans dans certaines villes a profité à la secrétaire générale du PS.

La question de l’encadrement militant et du poids des sections est un des éléments que je suis en train d’analyser dans le cadre de ma thèse. Pour l’instant, tout converge à démontrer effectivement le poids militant tant sur la participation que sur les résultats des différents candidats.

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