Repolitiser le phénomène urbain

La réforme des intercommunalités et l’apparition des métropoles marqueront à n’en pas douter le scrutin des municipales 2014. Le processus de décentralisation et de réorganisation des échelons politico administratifs fait écho à la volonté  de réaffirmer le poids des collectivités locales. A cet égard, la métropole lyonnaise rassemble un vaste territoire urbain et récupère les compétences du conseil général. La recentralisation des compétences à l’échelle métropolitaine remet en cause la place centrale des communes dans le maillage institutionnel français. Substrat démocratique depuis leur création, quelle marge de manœuvre leur restera-t-il alors que l’hégémonie de la ville centre risque de nier l’hétérogénéité des communes?

Les règles électorales de représentation auront effectivement du mal à traduire des réalités sociales distinctes si la prégnance de la ville centre dans l’institution métropolitaine n’est pas remise en cause. Le risque serait alors de transformer la métropole en un champ magnétique qui ferait des communes alentours de simples arrondissements de la Lyon.

Cela remettrait en cause l’enjeu majeur que constitue la différenciation politique, source de vitalité institutionnelle et d’innovation sociale.  En effet, il ne s’agit pas d’affirmer une identité fantasmée et d’exacerber un chauvinisme local mais bien de respecter les spécificités sociologiques qui distinguent les territoires. Il faut reconnaitre avec force l’importance de l’affirmation d’un projet politique différent du projet dominant. Face à l’illusion d’une posture « soi disant » réaliste » qui appréhendent des postures économiques comme des lois naturelles auxquelles il faut nécessairement se soumettre, il est un besoin impérieux que de se rappeler le rôle d’un pouvoir local, d’aucuns diraient un laboratoire.

L’unité politique induite par l’hégémonie de la ville centre dans la métropole  viendrait nier des réalités sociales distinctes mais surtout remettre en cause des expériences et des traditions politiques diverses.  Prenons à dessein l’exemple de deux expériences municipales tout à fait différentes au cours du 20ème siècle. Côte à côte, les villes de Lyon et Villeurbanne ont pu expérimenter durant un siècle deux gestions municipales spécifiques.  A Lyon la bourgeoise s’est opposée Villeurbanne l’ouvrière résumait en grossissant les traits Bernard Meuret dans sa thèse Le socialisme municipal :  Villeurbanne 1880-1982

Si une ville comme Villeurbanne est demeurée autonome jusqu’à aujourd’hui, c’est par l’affirmation d’une différenciation politique marquée et légitimée par une spécificité sociologique. L’histoire ouvrière de la ville en fait un espace politique à part. Ainsi, la commune de Villeurbanne s’est affranchie de la ville centre. L’émergence d’un socialisme municipal dans l’Est lyonnais malgré la pregnance d’un projet dominant a marqué le territoire urbain qui constitue aujourd’hui la métropole. L’oublier reviendrait à se dispenser d’un outil majeur dans la marche en avant de notre société.  En effet, la politique municipale n’est pas une action marginale du combat politique et les villes gardent des leviers forts dans le rééquilibrage des rapports de force.

La différenciation politique consiste en l’élaboration de diagnostics et de solutions alternatifs dans l’appréhension de la structuration des rapports de force. La constitution de la métropole doit être l’occasion d’une repolitisation du phénomène urbain.

Post-scriptum : A l’occasion du 24ème anniversaire de sa mort, une pensée pour le radical-socialiste Charles Hernu qui affirmait:  « Toute civilisation se reconnaît à ses formes urbaines et peut se juger à travers elles. »

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