Snowden, Manning, Assange – Hacktivisme

En 2006,  Julian Assange (et quelques autres) lancent Wikileaks, une liste de diffusion privée visant à dévoiler des documents top secrets, qui devient par la suite un site Internet. En 2010.  le site diffuse la vidéo d’une bavure : un hélicoptère américain tire sur des civils en Irak. Cette vidéo intitulée « Collateral murder » a été envoyée par Bradley Manning. Dans la foulée, Wikileaks diffuse publiquement des milliers de documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan et en Irak ainsi que des télégrammes diplomatiques ce que les médias ont appelé “Cablegate”(1). Plus récemment Snowden a révélé comment les Etats Unis espionnaient le monde entier, du simple citoyen aux institutions financières et politiques internationales.

Évidemment, derrière cela se pose la question de l’équilibre entre liberté et sécurité qui intéressera la philosophie politique. Mais ces trois hommes incarnent aussi un nouveau type de militantisme sur lequel la sociologie politique doit se pencher

Ce nouveau type de militantisme a trois spécificités : Le profil des activistes, leur répertoire d’action, et leurs revendications (ou plutôt l’échelle de revendication comme nous le verrons).

Le profil des activistes

Ce qui est particulièrement remarquable tout d’abord, c’est donc le profil des activistes. il ne s’agit pas d’ennemis du monde occidental en général ou des Etats-Unis en particulier. Difficile de considérer Snowden et Manning comme des anti-patriotes. Ils appartenaient au service de renseignement de leur pays.  Snowden est un ancien consultant de la NSA (service DE renseignement américain). Bradley Manning était analyste en renseignement au sein de l’armée avant d’être accusé d’intelligence avec l’ennemi. Au contraire, ils incarnent les valeurs du monde occidental et défendent même une certaine idée des Etats-Unis. Les USA ne sont-ils pas la patrie de la liberté ? Si le département de justice américain les considèrent comme des terroristes, ils n’en ont pourtant aucun attribut.

Seul le personnage de Julien Assange semble assez complexe et ses motivations plurielles mais lui aussi est un hacker devenu lanceur d’alerte, un whistleblower. (Concept sur lequel un article du Monde est revenu récemment, pour les abonnés au Monde, c’est par ici : http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2013/07/18/les-lanceurs-d-alerte-un-concept-fourre-tout_3448972_823448.html )

Ils ont sacrifié une vie de famille plutôt confortable pour une situation assez critique risquant la prison. Pire, leurs vies sont directement menacées même si l’on peut penser que la publicité autour de leurs affaires leur assure une sorte de « bouclier médiatique » accentué par le soutien apporté par les pirates du monde entier, eux-mêmes relayés par des internautes, moins familiers des technologies informatiques, sur les réseaux sociaux (voir notamment : le Tumblr “I am Bradley Manning”). Le combat en termes d’image a lieu sur Internet, là où s’inscrivent leurs actions.

Hacktivisme, militer à l’heure d’internet

Le répertoire d’action employé pourrait être désigné sous le néologisme Hacktivisme (fusion de Hacking et activisme) Le Hacktivisme renvoie à l’ensemble des pratiques militantes concrétisées sous la forme numériques et plus particulièrement les attaques informatiques sur des serveurs, le détournement ou la surveillance de flux de données. Il s’agit essentiellement de piratage. Parfois le terme est aussi utilisé pour les actions de propagande qui ont lieu sur Internet et notamment sur les réseaux sociaux. L’utilisation du terme hacktivisme pour la communication sur Internet parait tout à fait innoportune, le terme hacking renvoyant clairement à l’aspect technique de l’informatique (hacking : bidouiller, par extension pirater)

Transparence, transnationalisme ?

Les revendications ne sont pas forcément nouvelles, même si elles semblent tout à fait prégnantes à notre époque et trouvent un écho nouveau dans la population. Il s’agit d’une ethique de transparence mais qui s’inscrit à un niveau mondial et semble transcender une supra-citoyenneté : l’internaute, face à un super Etat : Big-browser.

Dans l’ interview vidéo publiée le 10 juin sur le site du Guardian, Snowden explique ainsi que sa “seule motivation est d’informer le public sur ce qui est fait en leur nom et ce qui est fait contre eux“. Et d’ajouter: “Je ne peux pas, en connaissance de cause, permettre au gouvernement américain de détruire la vie privée, la liberté d’Internet et les libertés de base des citoyens du monde entier à travers ce massif dispositif de surveillance qu’ils ont secrètement mis en place.” La question des libertés numériques et plus globalement des libertés individuelles est au centre de leur préoccupation.

Dans sa déclaration à la justice Manning explique qu’il a transmis les informations à Wikileaks afin de « déclencher un débat sur le rôle de la politique militaire et étrangère en général ». L’un des slogans de Wikileaks est « We open governments. Everywhere ».

La philosophie politique ne permettra pas de trancher parmi les libertés individuelles entre vie privée et sécurité (qu’elle soit individuelle ou collective). En tout cas, ces lanceurs d’alertes n’incarnent-ils pas une génération qui refuse le dogme de la Raison d’Etat et considère que la vie privée et la transparence sont les fondamentaux de la vie en société mais qui consacre surtout l’ère du transnationalisme et de l’individu contre l’État.

(1): Il faut définitivement arrêter avec les jeux de mots tentant de jouer avec le terme « Watergate » qui ont pour finalité de faire un effet sensationnel mais qui n’ont aucun sens

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