Sommaire et intentions de la thèse

Les tendances oligarchiques du champ politique à l’épreuve de l’impératif participatif : le cas de la métropole de Lyon

Ce travail de recherche a débuté fin 2010 à la suite de mémoires de Master portant sur les partis politiques et résulte d’un double intérêt pour les partis politiques et la démocratie participative

Elle ambitionne une réflexion sur les tensions entre représentation et participation. Existe-t-il un existence d’un clivage partisan autour de de cette question. Les partis politiques appréhendent ils différemment l’enjeu démocratique et, si oui, comment cela se concrétise-t-il dans leur fonctionnement interne et dans les politiques publiques qu’ils mettent en place.

Début 2010, je m’engageais dans une étude systématique de l’ensemble des dispositifs participatifs de l’agglomération pour voir en fonction de la couleur politique des collectivités quels étaient les partis les plus volontaristes. Sur le Grand Lyon, j’observais que de plus en plus de collectivités  affirmaient mettre en œuvre des politiques participatives. Les professionnels de la politique en vantaient les vertus : la construction de l’intérêt général, la capacitation empowerment des habitants, l’élaboration d’une intelligence collective et la prise de conscience d’un bien commun. La participation était susceptible de rapprocher les citoyens de la chose publique. De la même manière, les formations partisanes s’ouvraient de plus en plus et on assistait notamment au Parti socialiste à l’instauration d’une grande primaire ouvertes pour les présidentielles tandis qu’Europe Ecologie Les Verts venaient de se créer en congrès, justement à Lyon, sur la base d’un rapprochement entre militants et coopérateurs associatifs.

La participation était investie d’un pouvoir de réparation d’une démocratie représentative abimée, usée et des mouvements tels que les indignés ou le mouvement cinq étoiles voyaient le jour à l’étranger et certains déjà évoquaient un nouvel âge de la démocratie.

Pourtant, derrière les déclarations d’intention et les recours à la rhétorique participative,  les collectivités et les partis étaient très peu actifs et innovants en la matière. les expérimentations étaient rares –  les espaces participatifs peu décisifs dans l’action publique. les processus d’ouverture des partis, ne remettaient pas en cause le poids des dirigeants. Surtout la promotion de la participation ne semblait pas récompensée politiquement.  J’assistais plutôt à la consolidation de fiefs, et  Au bénéfice souvent des plus rétifs à la participation. Un décalage qui interrogeait l’effectivité de la demande sociale de participation autant que sa capacité à être intégrée dans le système politique.

Ma confrontation au terrain m’amenait à un ajustement de la question face à ce paradoxe. D’autant plus que l’opposition n’était manifestement systématique et qu’il y avait bien des entrepreneurs politiques qui faisaent la promotion de la participation. Comment expliquer leur relatif échec ? Il nous fallait donc analyser les mécanismes de résistance. La question des intérêts de carrières, des cultures organisationnelles, des dispositions individuelles, mais aussi des limites techniques au sein des collectivités.

J’ai pu m’appuyer pour redéfinir ma question de recherche sur de nombreux travaux sur les partis politiques et la participation. L’étude canonique des partis politiques,  déjà riche, a été largement renouvelée depuis les années 2000. L’objet participation a été au cœur de nombreuses enquêtes tant théoriques qu’empiriques, mettant en œuvre des approches diverses pour s’en saisir. Il est établi depuis quelques années à la fois les vertus de ces dispositifs ainsi que leurs limites et les usages instrumentaux qui en sont fait. Le flou des initiatives et le décalage entre les ambitions affichées et les modalités effectives.  Avec cette démocratie participative absorbée par la représentation. Ce n’est pourtant que récemment la science politique s’attache à articuler de manière plus concrète et plus fine l’enjeu participatif avec l’étude des acteurs de la représentation.

Ce projet de thèse s’est élaboré en parallèle d’un foisonnement d’études sur des sujets connexes (Nous ferons un article à ce sujet prochainement) tout au long des années 2010 et elle leur fait écho en apportant un éclairage particulier. En effet, mon enquête s’inscrit dans le cadre de ce programme de recherche à travers la présentation d’un terrain spécifique : celui de l’agglomération lyonnaise et d’un angle spécifique : les effets des logiques participatives sur le fonctionnement et les frontières du champ politique.

Notre regard ne portait plus seulement sur les dispositifs participatifs ni strictement sur les partis politiques mais nous élargissions le questionnement aux acteurs de la représentation et leur usage de la participation dans la compétition politique. Ce qui m’intéressait, c’était d’analyser la confrontation entre les tendances oligarchiques des organisations politiques dans une perspective michelienne (Voir article sur les tendances oligarchiques ici) et les tendances démocratiques résultant des logiques participatives.

Notre parti pris analytique a été d’analyser notre terrain au prisme du concept de champ politique local Afin de pouvoir saisir à la fois ce qui se passait à l’intérieur des partis politiques, mais aussi à l’extérieur dans le cadre de la démocratie locale,

Cette notion nous permet d’appréhender l’espace politique en tant que configuration d’acteurs liés les uns aux autres mais en concurrence pour l’accès aux ressources politiques. Elle nous permet de traiter à la fois les élus, les dirigeants, les militants, et en tant qu’acteurs collectifs, les partis politiques, qui tous ensemble concourent au jeu politique local. Cette notion de champ nous permet également d’interroger l’existence d’une élite politique locale  et d’observer en quoi ses propriétés sont ontologiquement contradictoires avec le principe participatif.

Questionnement et système d’hypothèse :

Tout d’abord il y a une compétition politique, dans lesquels s’affrontent des acteurs mobilisant des ressources politiques ou convertissant d’autres ressources à des fins de conquête du pouvoir.  Cette compétition est régie par le principe de représentation, c’est-à-dire de spécialisation de certains acteurs dans l’activité politique au nom des autres. Les acteurs clés de la représentation ce sont:  les partis politiques et les élus. Les partis et les élus ne sont pas des entreprises plastiques mais sont mus par des valeurs, des représentations du monde et des traditions. Ils sont confrontés à un contexte de défiance à leur égard et voient surgir de nouveaux concurrents avec (des partis mouvementistes. ) qui résulterait notamment de la demande sociale de participation.

Tout cela a appuyé la formulation de la problématique à savoir comprendre les logiques d’émergence, de promotion et de réalisation de la démocratie participative ainsi que de ses effets sur les acteurs et le fonctionnement du champ politique local.

Nous nous sommes employés à identifier les propriétés et les mécanismes de ce champ, à mettre à jour en quoi ces propriétés et ces mécanismes sont des facteurs déterminants de production réception de l’impératif participatif.

Cheminement de plan de thèse

Pour résoudre  ma problématique, je me suis d’abord employer analyser l’état du champ en tant que configuration locale, ce qui me permettait au passage de présenter le jeu et la politique grand lyonnaises et les acteurs de mon terrain, mais également de revenir sur le poids des cultures organisationnelles et préciser le contexte des années 2010 : irruption de mobilisations antipartisanes, et création de la métropole.

Cela m’a permis de mettre à jour les facteurs qui déterminent la réception de l’impératif participatif et de voir que celui-ci n’est jamais subi de manière passive par les acteurs politiques. Ils résistent s’approprient ou s’adaptent à ces logiques.

Ensuite notre propos est structuré autour des deux différents visages de la démocratie représentative, à savoir : les instances partisanes (dirigeants, adhérents militants) en tant que force programmatique et laboratoire démocratique d’un côté et de l’autre les élus au sein des collectivités en tant que maitre d’œuvre de l’action publique

En effet, la contradiction majeure entre tendance oligarchique et tendance participative se concrétise à la fois dans le fonctionnement des partis, (dans la sélection des dirigeants/candidats ou travail programmatique), et dans le processus décisionnel de l’action publique (association des habitants, ouverture du débat)

Nous avons donc distingué et cela apparait dans notre plan, ce qui résulte de la transformation des partis politiques et du système partisan d’un côté et ce qui résulte de la transformation de l’action publique et des collectivités de l’autre. Mais pour nous, cela renvoie à un même phenomène : l’intégration de la logique participative dans les règles du jeu politique.

La remise en cause de la légitimité des partis et des élus.

Et cela apporte des résultats ambivalents. Loin d’être univoque, la réception de l’impératif participatif dans le champ politique conduit à un point d’équilibre instable qui résulte de la confrontation et de cette tension irrésolue.  Il y a quelque chose qui se passe : cela a des effets sur la compétition locale, la division du travail politique…

Finalement quels sont les Apports et résultats de cette thèse

Dans quelle mesure le déploiement de la participation conduit-elle à déplacer les frontières du champ politique et à modifier les règles du jeu ?

Les résultats de mon enquête participent à plusieurs axes de la science politique

  • La compréhension du phénomène partisan
  • en sociologie de la participation
  • la sociologie du pouvoir local

A propos du phénomène partisan ? 

Notre enquête donne à voir comment les acteurs locaux s’inscrivent dans les injonctions nationales à l’ouverture de leurs formations politiques voire parfois en sontà l’initiative. elle montre que loin d’être une dynamique linéaire, cela crée des points de frictions. Cette lente transformation vers plus d’ouverture et plus de participation se fait par à coups, et je releve des effets parfois contradictoires particulièrement visibles lorsque nous nous intéressons aux pratiques militantes.

Chaque acteur est amené à renégocier sa place dans le parti. Certains acteurs en font usage pour subvertir un fonctionnement routinisé au bénéfice de leurs carrières. Cependant l’élite politique parvient à se jouer des règles et des statuts tout en les imposant aux autres. La sélection des candidats est révélatrice de ces tendances contradictoires.

L’étude localisée du pouvoir nous permet d’alimenter La sociologie des élites . celle-ci quand elle ne se cantonne pas à une dimension philosophique et théorique, s’intéresse généralement à des acteurs nationaux, proche du pouvoir central étatique, et on parvient ici à voir comment se constitue et se maintient une élite locale.. Comment à rebours des logiques participatives, la compétition politique valorise des comportements autoritaires et le cumul de ressources.

Les individus qui ont une position dominante dans un champ vont chercher à partager leur propre conception de l’ordre en place et des règles du jeu . dans l’objectif but : Rendre légitime les positions privilégiées qu’ils occupent en définissant eux-mêmes les atouts exigés et en les monopolisant.  Ou en contrôlant leur distribution

Notre approche rend compte des stratégies des individus et en même temps les replace dans une logique sociale  globale qui les dépasse.

La tendance oligarchique, nous pensons l’avoir démontré par le fait qu’il y a un nombre réduit de dirigeants, que leurs positions sont durables et tendanciellement hégémoniques : on constate en dix ans, dans les partis la relative impuissance des entreprises subversives. Elle résulte d’une organisation pyramidale, d’un principe de délégation par le haut, de cooptation et d’une culture de la discipline inégalement assumée selon les partis mais toujours effective.

(bien sûr chacun à leur niveau national sur le fédéral, le fédéral sur le local, le local sur les militants, et chacun ne rend en fait de compte qu’au niveau du dessus).. Nous nous focalisons sur des acteurs locaux et traitons d’une élite locale quand bien même elle est en lien avec des acteurs nationaux et peut avoir des intérêts à l’échelon national

Sociologie de la participation ;  nous voyons Mise en œuvre de la participation dans l’action publique : Les acteurs impliqués dans les processus de mise en participation

L’enquête sur près de dix ans met aussi à jour une tendance historique ambivalente entre les élans contradictoires avec phases de flux et de reflux dans l’imposition des logiques participatives. On voit par exemple comment au début des années 2010 les initiatives du Grand Lyon et de la région se diffusent peu à peu dans les autres collectivités, grâce aux services techniques notamment mais avec l’assentiement des élus et comment des changements de majorité enrayent cette dynamique.

Les usages de la participation par les élus et dirigeants de partis qui sont à la fois soumis et producteurs de l’impératif)

nous observons localement ce que d’autres travaux ont établi : l’impératif participatif est essentiellement mobilisé et investi par des acteurs marginaux de la compétition politique, minoritaires dans une majorité, ou opposé à un exécutif, elle s’inscrit alors dans un exercice de conquête du pouvoir. Ou pour ceux qui sont en exercice, la participation est à la fois un recours contre la subversion et contre l’usure du pouvoir. Les pratiques participatives institutionnelles, de moins en moins rares restent limitées dans leur portée décisionnelle et leur ouverture au public reste étroite.

Nous voyons et nous pensons que cela n’est pas anodin, que la résistance à la participation ne vient pas toujours des élus (mais des militants, des techniciens des collectivités)

Dans l’analyse des variables déterminantes de la réception de l’impératif participatif  nous identifions grâce à la comparaison que les trois partis entretiennent des rapports très différents avec cette question, du fait de leur histoire, de leurs valeurs et de leurs milieux partisans.

Pour autant , nous ne pouvons établir un véritable clivage partisan sur l’enjeu participatif. En effet, plus décisive semble être leur place dans la compétition électorale. Ce qui compte surtout, ce sont les personnalités et les dispositions de certains acteurs., là où ils en sont dans leur carrières politiques et leurs propriétés.

Dans cette perspective, les luttes symboliques autour de la légitimation d’une demande sociale de participation doivent nécessairement être appréhendées au regard des positions et des dispositions des acteurs dans le champ.

au-delà de cette analyse dispositionnelle, l’originalité de la thèse tient aussi à ce qu’elle permet de prendre en compte de manière fine le contexte politique local dans lequel s’inscrivent la réception et le déploiement de l’impératif participatif.

C’est tout l’intérêt de la notion de champ est de croiser les dispositions d’acteurs et la configuration du système (le contexte politique : la configuration globale, (l’ancrage historique, la majorité actuelle, les rapports de force)

Si nous observons une résistance du champ politique, l’inertie n’est pas totale, du fait notamment des intérêts contradictoires des membres du champ.

Force est de constater que les promoteurs de la participation et défenseurs du strict principe représentatif se battent à armes inégales dans la compétition politique.

 Conclusions

A ce stade, cette thèse soulève plusieurs questionnements, qui pourront faire l’objet de prolongements ultérieurs et souffre d’un certain nombre de lacunes.

D’abord, le temps, trop long de la thèse, de l’enquête de terrain à la rédaction a sans aucun doute dilué le matériau restitué et attenué l’originalité des apports de l’enquête. Celle-ci s’inscrivait sur un objet très contemporain et sur des problématiques sur laquelle la science politique se penche ces dernières années de manière très intense. Nos résultats font souvent échos à cette production scientifique.

L’ambition initiale s’achève sur une restitution frustrante. L’effort fait pour articuler des échelles d’analyses différentes amène nécessairement à des aller retour fréquents entre le local et le national, entre le métropolitain et le municipal. L’étude de plusieurs partis, sur plusieurs communes, le croisement de plusieurs questions  se répercute sur la longueur de la thèse et explique sans doute que certaines pistes explorées n’aient pas été abouties.

Au terme de ce travail, je regrette particulièrement de ne pas avoir pu exploiter comme je le souhaitais un terrain riche, sur lequel j’ai accumulé beaucoup de matériaux qui ont encore beaucoup de choses à dire et que j’espère bien pouvoir continuer d’exploiter.

Parmi les prolongements en perspective

Reste à ‘explorer l’hypothèse d’une transition démocratique liée à une transition sociologique dans le prolongement des travaux de R. Inglehart sur la transition culturelle.

Sur les partis politiques : partis mouvements, partis plateforme ? quid de la survivance d’une forme traditionnelle ?

L’hypothèse d’un déclassement d’un champ qui perdrait tout à la fois son prestige, ses attributs et ses ressources

Sur le champ politique . Il faudrait tout d’abord mettre à l’épreuve nos résultats sur d’autres terrains.  Mais cette évolution du champ, elle interroge aussi la notion elle-même, qui in fine doit être appréhendée avec une frontière nécessairement moins impermeable qu’il n’y parait comme l’atteste l’irruption d’acteurs contestant l’enjeu et les règles du champ, nous obligeant à nous questionner les frontières de ce champ et peut être davantage sur ses espaces marginaux pour mieux analyser les recompositions en cours.

Introduction générale

1ère partie : Réception et production de l’impératif participatif par le champ politique local : enjeux structurels, culturels et contextuels      

Chapitre 1 – Les logiques structurelles de l’oligarchie partisane
Chapitre 2 – La question démocratique au sein des partis : Culture, discours et valeurs
Chapitre 3 – La remise en cause mouvementiste des organisations partisanes
Chapitre 4 – L’avènement de la métropole bouscule la configuration locale

Conclusion de la première partie

2ème partie : Le renouvellement des pratiques partisanes et ses effets à l’échelle locale   

Chapitre 1 – Fonctionnement interne et mutations des partis politiques
Chapitre 2 – L’avènement des primaires ouvertes
Chapitre 3 – Les effets de l’impératif délibératif et de l’exigence participative sur l’activité militante au sein des partis politiques

Conclusion de la seconde Partie

3ème partie :  Le champ politique entre résistance et promotion de la raison participative dans l’action publique locale            

Chapitre 1 – La mise en instruments de la raison participative : la construction d’une politique publique de la participation
Chapitre 2 – Les partis face aux dispositifs participatifs
Chapitre 3 – Les élus face à la participation, l’importance des logiques individuelles

Conclusion de la troisième partie

Conclusion générale

 

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