Sous la plume – Exploration du pouvoir politique

Dans un récit proche du travail ethnographique, Marie de Gandt raconte son expérience de Plume au sein du gouvernement Sarkozy de ministère en ministère jusqu’à l’Elysée. Pourquoi et comment l’universitaire de gauche, travailla-t-elle pour Bussereau, pour Morin, pour Bertrand et enfin pour Sarkozy ou plutôt PR comme on le désigne en cabinet. Qu’a-t-elle appris de ses interlocuteurs ? Que retient elle du métier de plume ? Quelle leçon tire-t-elle du monde politique. Par un retour réflexif sur son travail, Marie de Gandt rapporte une observation participante, aussi intéressante qu’agréable à lire, au sein « du petit théâtre de la dérisoire notoriété ». On s’interroge alors avec elle, si les mots ont pour but de transcender ou de travestir le politique ?

On peut reprocher à Marie de Gandt d’avoir été déformée par le mêtier de plume au point de rester parfois dans un exercice de propagande tant elle semble vouloir (se) convaincre qu’elle ne s’est pas reniée. Elle tente ainsi de justifier son choix de travailler pour « l’autre camp » et à mesure qu’elle prend ses distances avec les « gauchôs »: Ainsi, elle semble se dérober quand elle affirme  « La plume est cousine de l’ironiste, qui, le temps du propos ironique, fait un bout de chemin avec ce qu’il ne pense pas, afin de faire penser ce qu’il pense vraiment, là où le menteur accompagne de  bout en bout ce qu’il ne pense pas afin de le faire penser. »

Effectivement, Marie de Gandt use parfois de sa position pour infléchir certaines prises de positions. En changeant les mots, elle pense influer sur la politique. Et de fait, c’est le cas. Car les mots à ce niveau de pouvoir sont des actes. Ils sont la politique. Mais au sommet de l’Etat, un devoir s’impose à elle et la plume doit  choisir entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. La Raison d’État a raison de sa raison militante.

Son regard lucide est parfois biaisé par la proximité qu’elle entretient avec le politique. A force de les côtoyer, à force de leur prêter ses mots, elle s’attache à ses personnages, jusqu’à la fascination. Elle s’efforce par le jeu d’un dialogue imaginaire avec son double à prendre du recul sur son activité. S’il lui arrive de tomber dans la complaisance, ses commentaires sont généralement assez acerbes pour les autres et pour elle même lorsqu’elle échoue finalement à préserver l’éthique de vérité dans son travail.

Le témoignage se termine avec un extrait de « La complainte du vieux marin » (The Rime of the Ancient Mariner 1797 Samuel Taylor Coleridge raconte les aventures d’un capitaine de bateau qui fit naufrage) « A sadder and a wiser man, He rose the morrow morn »   – « C’est un homme plus triste et plus sage, qui se leva à l’aube du lendemain ». Une conclusion amère qui suppose que la connaissance du monde politique mène à une sorte de fatalisme. A moins que cet extrait ne s’adresse à une droite dont le naufrage n’aura pas été causé par le meurtre d’un albatros mais par l’oubli des principes républicains.

Lorsque l’on se rappelle que l’auteur glisse le poème « The Stolen Boat » de William Wordsworth au milieu de la première partie du livre intitulée « Gauche Droite », on voit la malice de l’amoureuse des lettres qui remet le monde politique aux mains des Lake district poets.  On se félicite de voir les mots transcender le politique, mais on se méfie de voir la communication prendre le dessus sur la politique.

 

Laisser un commentaire