Supprimer les partis politiques ?

Pour supprimer les partis politiques D Cohn BenditDans un court essai au titre sans équivoque « Pour supprimer les partis politiques », Daniel Cohn-Bendit propose de mettre un terme définitif à un système politique qui repose sur la logique partisane. Il tente une synthèse étonnante des pensée d’ André Gorz et de Cornelius Castoriadis tout en s’efforçant d’inscrire l’écologie dans sa tradition libertaire. Pour cela il invoque le principe d’autonomie comme « autogouvernement de soi » chez Castoriadis et comme « exigence éthique d’émancipation » chez Gorz. Mais surtout, ces « réflexions d’un apatride sans parti » comme Cohn-Bendit se définit dans le sous titre de l’ouvrage soulignent les défauts intrinsèques au système partisan. Le parti, selon DCB, et il en sait quelque chose, ne supporterait pas la dissidence. L’idéologie elle même serait « un artifice permettant de contrecarrer la moindre déviance. »

Mais surtout, il revient sur le caractère « génétiquement hermétique à la société » des partis politiques. La sociologie politique et notamment la tradition élitiste s’est depuis longtemps attachée à montrer le processus par lequel la survie d’une organisation partisane tend à être un but en soi au delà des objectifs idéels originellement fixés. La constitution d’une oligarchie concourrait à orienter rapidement l’essentiel des débats et des énergies à des problématiques de conquête de répartition et de conservation du pouvoir.

La création d’Europe Ecologie répondait à la critique de ces « partis entreprises », ces « écuries ». Mais elle s’inscrivait aussi selon l’auteur dans de nouveaux clivages que l’axe gauche droite ne pouvait, toujours selon lui, pas résoudre. Il les désigne : Solidarité / individualisme, Démocratie/Autoritarisme, Européisme(ou fédéralisme)/ souverainisme, et enfin le quatrième qui opposerait écologie/ productivisme. Il est néanmoins assez délicat de trouver cette analyse en termes de clivages concluante pour définir la structure politique et sociale actuelle.

En tout cas, Daniel Cohn Bendit considère qu’il fallait provoquer la création d’un mouvement qui contrairement à un parti politique est seul « capable d emettre en branle la société toute entière ». (p22) et a donc appelé à la création d’une « coopérative politique » dont il a bien du mal  définir ce qu’elle peut être sauf à la lier à d’autres mouvements comme occupy wall street de Zuccoti Park ou les indignés de Puerta del Sol.

Remettant en cause l’engagement sacrificiel Daniel Cohn Bendit propose un engagement plus distancié considérant que « L’héritage presque léniniste du militant professionnel empêche de percevoir qu’une partie de la société est prête à s’investir dans la politique, mais pas au point de lui consacrer toute sa vie ». Europe Ecologie devait sortir des logiques partidaires pour proposer un renouveau organisationnel, de nouvelles formes de participation et de débats. Mais le pari a échoué, conclut-il.

Cohn Bendit appelle donc à un combat culturel Gramscien au profit d’une démocratie directe, forcément écologiste car visant l’autonomie au sens où nous l’avons défini précédemment.  Autour du bien commun, il évoque une « utopie plausible » , celle d’un réformisme moderne imaginatif et subversif qui a selon lui rendez-vous avec l’histoire du XXIème siècle.

L’euphorie nous prend bientôt et on n’a pas à chercher très loin un possible leader pour cet élan citoyen. En effet, Cohn Bendit qui n’a pas la vanité des humbles , n’hésite pas à écrire  « En Grèce, les gens m’arrêtent dans la rue, me disent « merci » m’embrassent, me considèrent comme une sorte de héros mythologique ». L’ouvrage est plus modeste : le court essai ressemble parfois à un inventaire de penseurs majeurs de la philosophie politique sans qu’on saisisse toujours ce que Cohn Bendit en a retenu. Ainsi dans un court paragraphe Dany l’ex rouge réussit l’exploit de citer Habermas, Lefort puis Arendt pour conclure dans une fulgurance intellectuelle « Moi aussi, je pensais que l’idée de démocratie renfermait quelque chose qui protège les sociétés contre elles-mêmes. »

D. Cohn-Bendit, Pour supprimer les partis politiques !?, Indigènes Editions, Barcelone, 2013

 

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