UMP « la famille rassemblée » ?

primairelyon Dans le cadre de ma thèse, je suis amené à vivre au plus près des partis politiques. L’observation participante est de mise lorsqu’on veut comprendre les mécanismes internes d’un parti, les cultures militantes et mieux appréhender l’ensemble des logiques qui sous-tendent l’organisation d’un mouvement politique. Et le hasard du calendrier propose parfois des semaines agitées. Ainsi, j’étais hier à l’assemblée régionale d’EELV et je serai demain au scrutin départemental de l’UDI qui élit ses dirigeants.  Tous ces événements relèvent d’un même principe : la démocratie interne, objet central de mon étude de doctorat. C’est pourquoi ce soir j’étais à la fédération départementale de l’UMP pour assister à la soirée de résultat de la primaire lyonnaise. Une soirée de clôture où « il n’y aurait pas de vaincu mais seulement un vainqueur »… Et pourtant..Dès 19h, heure de clôture des bureaux de vote, le siège se remplit très vite de militants, pas tous lyonnais d’ailleurs impatients de connaitre celui qui conduira la liste UMP en 2014 dans la capitale des gaules. Les résultats en provenance des bureaux de vote sont projetés sur grand écran au fur et à mesure de leurs arrivées. Angoisse de l’inconnu ou orgueil du pronostiqueur, chacun rassemble un maximum de rumeurs pour tenter de donner avant tout le monde le résultat final. On échange aussi les derniers arguments pour défendre son favori comme si on pouvait encore changer le résultat. Tout cela reste très cordial malgré un buffet modeste.

Les premiers bureaux de vote sont nettement à l’avantage de Fenech qui démarre donc la soirée avec le score flatteur de 59-41. Mais à chaque bureau de vote suivant, l’écart se rétrécit. L’affichage ne prévoyant pas de décimale, à 21h après le dépouillement de 6 bureaux de vote, les deux candidats sont à égalité 50-50. On pourrait presque croire à une mise en scène tant le suspense est bien gardé par les circonstances. Encore que, l’analyste électoral sait que les bureaux de vote restants sont largement favorables à Michel Havard et que l’affaire est pliée.

En effet, les résultats du 5e où Michel Havard arrive en tête avec 73% le placent pour la première fois de la soirée en tête du scrutin et lui donnent même une confortable avance : Au total il est à 54% . Il faudrait un écart très important dans le dernier bureau de vote dont les résultats tardent pour que le score s’inverse. Déjà les « Michel Maire de Lyon » se font entendre » et les partisans de Fenech font grise mine. Philippe Cochet anticipe « N’oubliez pas qu’il reste des résultats à venir et que quel que soit le candidat vainqueur nous serons derrière lui et nous applaudirons aussi son adversaire ». « Nous sommes une grande famille nous allons tous travailler ensemble ». Les dés sont jetés.

Au final 54/46 Michel Havard nouveau leader fait un discours de rassemblement mais préfère s’adresser aux militants des autres candidats plutôt qu’aux candidats eux mêmes. Il adresse même une pique subtile affirmant que c’est « la victoire d’une certaine vision de la politique » mais félicite sans retenue son concurrent pour « sa ténacité, sa sincérité et son authenticité ».  Fenech à son tour appelle chacun de ses soutiens et des soutiens des autres candidats à être derrière le vainqueur de la soirée. Et Philippe Cochet de conclure « La famille est rassemblée ». Il s’agit bien de cela en cette soirée de résultats de primaire : rassembler ceux qui ont combattu. Oublier les coups portés pour se porter vers l’avenir. Un exercice de style périlleux pour tous les partis politiques qui doivent organiser une compétition interne tout en assurant la cohésion de groupe. Nul doute que les dirigeants de l’UMP était heureux de refermer cette parenthèse. Mais maintenant le tout est de savoir les traces que ces primaires vont laisser (notamment le ralliement inattendu des éliminés du premier tour à George Fenech plutôt qu’au président de leur groupe au conseil municipal « Ensemble pour Lyon » et candidat arrivé en tête au premier tour)

Ce genre d’événements n’est évidemment que la partie émergée de l’Iceberg et ne saurait résumer la vie d’un parti ni en révéler les mécanismes qui la sous-tendent. Mais le politiste doit les observer avec la plus grande finesse et se plier à un véritable travail ethnographique. Enquêter dans un parti politique, c’est comme observer une tribu quand bien même le journal de terrain n’est pas aussi exotique que les « tristes tropiques ». Il n’empêche, réflexe pavlovien, j’applaudis avec la foule lorsque Havard demande d’applaudir « tous ceux qui ont pris part à ces primaires » Me suis-je tellement investi dans l’observation de ces primaires que je m’en sens quelque part acteur et pas seulement spectateur ?

A présent, m’attend le travail de sociologie électorale : décortiquer les résultats bureau par bureau pour tenter de retenir quelques clés de compréhension dans cette primaire.

 

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